… à l’exclusion de tous les autres », aphorisme célèbre attribué à Winston Churchill. Certes, cette prévention envers le suffrage universel n’est pas nouvelle puisque, déjà, les philosophes des lumières le regardaient avec circonspection arguant du fait qu’un tribun brillant pouvait facilement manipuler les masses. Il est probable que Winston Churchill partageait la même vision.

Même si aucune étude sociologique n’a jamais montré, me semble-t-il, que les élites soient moins manipulables que la masse, celles-ci estiment avec beaucoup de naturel, pour ne pas dire de candeur, que leurs choix réfléchis et éclairés sont par essence les meilleurs pour la collectivité, ce qui est une négation du vote majoritaire qui a parfaitement le droit de reposer sur d’autres critères que la logique des élites.

Dans l’absolu, il n’y a pas de bons ou de mauvais choix, mais des choix avec des conséquences et des contraintes différentes. Les derniers scrutins, au Royaume-Uni et aux États-Unis, nous rappellent brutalement que l’invisible majorité silencieuse a de plus en plus de mal à accepter le discours et la tutelle d’élites, souvent autarciques et consanguines, qui confondent volontiers intérêt de classe et intérêt général.

2020


2019


2017


2016


2015

Progressivement s’est creusé un fossé, de plus en plus profond, entre ce que souhaite ou espère l’immense majorité d’une population et le projet de société que théorise et met en œuvre une classe dirigeante aux discours contrastés suivant sa couleur politique, mais aux pratiques de gouvernement similaires. Les scrutins récents doivent nous interpeller et nous inciter à analyser nos comportements. Il faudra bien admettre un jour que nos façons de faire traditionnelles ont de moins en moins l’assentiment de la population. Par exemple ? Nous nous arc-boutons sur la liberté d’installation, que la médecine libérale a toujours connue et nous argumentons volontiers que, dans les pays où a été mise en place la coercition, c’est un échec. Mais la liberté d’installation est-elle pour autant une réussite ? Pour nos concitoyens, pour leurs besoins quotidiens, la réponse est malheureusement non. Pourrons-nous encore longtemps, droits dans nos bottes, rester dans le statu quo ? Ne serait-il pas beaucoup plus raisonnable, et pour tout dire démocratique, d’écouter et de prendre en compte les demandes d’une population qui n’est plus satisfaite de nos modes d’exercice, plutôt que d’attendre qu’un gouvernement, quelle que soit sa couleur, ne finisse par nous imposer sa solution.

La démocratie participative repose sur une vraie prise en compte de ce que demande la majorité, le plus bel exemple étant le système helvétique où les votations d’initiative populaire sont très fréquentes sur les sujets les plus variés et les résultats toujours respectés, ce qui donne la sensation aux citoyens suisses d’être réellement en mesure d’influer sur le cours de leur vie quotidienne.

Pour pouvoir dénoncer l’immobilisme des élites politiques, qui seraient aveugles et sourdes à toutes propositions et protestations, essayons de ne pas persister dans des postures, sur les sujets d’intérêt général, qui nous éloignent de ce que demandent nos concitoyens. Le chêne finit par être brutalement abattu par la force du vent, ce n’est qu’une question d’intensité.

Eric PERCHICOT – Président du SNC