Charles Bovary, époux d’Emma Bovary, exerçait le métier d’officier de santé. Le corps des officiers de santé avait été créé en 1793 par les révolutionnaires. Dans un souci louable d’égalité entre les citoyens, l’objectif était de permettre à chacun d’être soigné quelle que soit sa condition, ce qui était loin d’être le cas sous l’ancien régime. Tout le XIXe siècle a été marqué par les conflits entre ces soignants non-médecins, aux compétences limitées, et les docteurs en médecine. La médecine académique a obtenu la fin des officiers de santé en 1892, les derniers d’entre eux cessant leur activité au début du vingtième siècle.

Quel rapport avec la société française aujourd’hui ? Il existe, car plus ou moins insidieusement les pouvoirs publics, et plus particulièrement notre ministre de la santé, essayent d’accréditer l’idée que les professionnels de santé seraient interchangeables. Dans l’objectif, prioritaire pour le personnel politique, d’un accès aux soins pour tous et de la disparition des déserts médicaux, on essaye de faire croire à la population que la qualité des diagnostics et soins pratiqués ne dépend pas de la formation initiale de celui qui les prodigue. J’ai le plus grand respect pour les maïeuticiens, pharmaciens, infirmiers, psychologues et autres professionnels de santé. Cependant, les compétences médicales acquises pendant leur cursus ne leur permettent pas, en toutes circonstances, de se libérer d’une expertise médicale. Dans la même logique, si le spécialiste en médecine générale a vocation à organiser la prise en charge des patients en ambulatoire, celle-ci relève également de l’expertise spécialisée. Devenu spécialiste, le médecin traitant n’en n’est pas devenu omniscient.

2020


2019


2017


2016


2015

Mon propos ne se veut pas provocateur : je suis un fervent partisan d’une organisation territoriale rationnelle et d’une coordination et d’une délégation de tâches réfléchies entre tous les acteurs. En revanche, la notion de « transfert de compétences » ne relève d’aucune réalité. Laisser penser qu’une sage-femme peut prendre en charge toute femme enceinte ou qu’un pharmacien peut intervenir dans la surveillance de l’hypertension artérielle ou de l’insuffisance cardiaque, ce n’est pas rendre service à la population.

Ce n’est pas en tentant de diluer l’expertise médicale et en prenant des positions floues sur certains sujets sensibles que nous améliorerons les indicateurs de santé publique. L’exemple de la vaccination en est une triste illustration. L’Assemblée nationale vient de décider que « à titre expérimental » les pharmaciens pourraient procéder à la vaccination antigrippale pour améliorer la couverture de la population. Il aurait été bien plus intelligent de ne pas proférer, comme l’a fait la ministre de la santé il y a quelques mois, des propos qui ont semé le doute dans l’esprit de la population française sur cette méthode de médecine préventive irremplaçable.

L’IRDES (Institut de Recherche et de Documentation en Economie de la Santé) vient de publier une étude qui rappelle que la densité médicale en France (3,3 médecins/1000 habitants) est dans la moyenne de l’OCDE (3,2 médecins/1000 habitants) et que les problèmes d’accessibilité que nous rencontrons sont en grande partie liés à la répartition de l’offre : la densité médicale est de 1 à 7 suivant les départements.

C’est sur l’organisation de l’offre de soins et la coordination entre les acteurs, chacun à sa place, que devrait porter la réflexion des professionnels et des décideurs. C’est ainsi que l’on pourra maintenir une haute qualité de prise en charge de la population. Le retour des « officiers de santé » ne doit pas être à l’ordre du jour.

Eric PERCHICOT – Président du SNC