Décidément le nouveau monde promis en 2017 n’est toujours pas au rendez-vous, du moins pour ce qui concerne la médecine à travers la loi de finance de la sécurité sociale. Même psychodrame chaque année, rendre compatible une hausse naturelle des dépenses de santé de l’ordre de 4% du fait de l’accroissement et du vieillissement de la population et des progrès technologiques et thérapeutiques, avec un ONDAM dont la marge de progression est fixée à 2,5% pour satisfaire aux grands équilibres budgétaires de la nation.

La solution est toujours la même, elle s’appelle coupes budgétaires. Cette année la facture se monte à 4,2 milliards d’euros. L’industrie est mise à contribution à hauteur de 1,4 milliards d’euros, les médecins ne sont pas oubliés. Comme d’habitude les biologistes sont ponctionnés de 205 millions d’euros et les radiologues de 60 millions d’euros au titre de l’accord signé l’an dernier sur la lombalgie. Un effort de 595 millions d’euros (95 de plus que l’année dernière) est demandée à la maitrise médicalisée et sous le délicieux titre de « la pertinence tarifaire et adaptation tarifaire sur les autres actes », sans que l’on sache qui est concerné, encore 255 millions d’euros (pour 190 en 2019).

Plus grave encore est une répartition des efforts désespérément classique, ¾ sur les tarifs et ¼ sur l’efficience, alors que c’est bien évidemment l’inverse qu’il faudrait faire. Faute de s’engager massivement sur des réformes structurelles du système de santé, Bercy impose ses règles qui aboutissent progressivement mais inéluctablement à une paupérisation de la santé qui accentue le sentiment de malaise des soignants.

Autre exemple de travers perpétrés de l’ancien monde, la promesse de ramener à l’équilibre le budget de la sécurité sociale. Deux gouvernements différents en 2016 puis 2018 l’avaient clamé haut et fort pour être ensuite démentis par les faits l’année suivante. Le comble est que cette fois-ci, c’est l’Etat lui-même qui met la sécurité sociale en déficit en ne compensant pas les quelques 4 milliards d’euros de recettes en moins du fait des mesures concédées aux gilets jaunes.

Si d’aucuns avaient un doute quant à la mainmise de l’Etat sur la sécurité sociale, toute ambiguïté est levée. Nous en payons les conséquences par le maintien de plans d’austérité. L’assurance maladie n’est d’ailleurs pas la seule branche frappée, puisque retraites et allocations familiales se voient plafonnées à 0,3% de hausse quand l’inflation est de l’ordre de 1 %.

L’Etat est décidément incapable d’assurer une gestion saine des organismes ou des entreprises qu’il a sous sa tutelle. Les intérêts politiques pour ne pas dire politiciens l’amènent toujours à s’affranchir des règles de bonne gestion financière et structurelle.

A méditer quand ce sera lui qui gérera le nouveau système de retraite !

Docteur Jean-Pierre BINON
Président du Syndicat National des Cardiologues

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